L'histoire du globe terrestre, de l'Antiquité à aujourd'hui

Le globe terrestre est le plus ancien instrument de représentation du monde encore fabriqué aujourd'hui. Plus de deux mille ans séparent le premier globe connu de celui qui tourne sur un bureau d'écolier — et l'objet, lui, a très peu changé.

Avant même la carte : un monde déjà rond

Le premier globe terrestre dont l'histoire ait gardé la trace est attribué à Cratès de Mallos, vers 150 avant notre ère. Il n'en reste rien, seulement des descriptions. On sait qu'il représentait une Terre sphérique divisée en quatre masses continentales séparées par des océans.

C'est le point que l'on oublie le plus souvent : la sphéricité de la Terre n'a jamais fait débat chez les savants grecs. Ératosthène en avait calculé la circonférence dès le IIIe siècle avant notre ère, avec une erreur de quelques pourcents seulement. Le globe n'a pas eu à convaincre — il a simplement mis en volume ce qu'on tenait déjà pour acquis.

1492 : le plus ancien globe conservé ne connaît pas l'Amérique

Le plus vieux globe terrestre parvenu jusqu'à nous s'appelle l'Erdapfel — littéralement « pomme de terre » en allemand. Il a été réalisé à Nuremberg entre 1491 et 1493 sous la direction de Martin Behaim, marchand et cartographe.

Son intérêt tient à une coïncidence : il a été achevé au moment exact où Christophe Colomb traversait l'Atlantique. L'Amérique n'y figure donc pas. Entre l'Europe et l'Asie, il n'y a qu'un océan, et il est bien trop étroit. On y voit le monde tel qu'on le croyait juste avant qu'il ne change.

L'Erdapfel est conservé au Musée national germanique de Nuremberg. Il mesure 51 centimètres de diamètre.

Le secret de fabrication : les fuseaux

Habiller une sphère avec une carte plate est un problème géométrique sans solution parfaite. La réponse trouvée au XVIe siècle est toujours celle qu'on utilise : les fuseaux.

On imprime la carte en bandes effilées aux deux extrémités, comme des quartiers d'orange. Chaque fuseau couvre généralement 30 degrés de longitude — il en faut donc douze pour faire le tour. On les colle un à un sur la sphère, puis on masque le raccord aux pôles par deux calottes circulaires.

C'est à ce détail qu'on reconnaît un globe ancien authentique : les lignes de jonction des fuseaux restent visibles en lumière rasante, et les calottes polaires forment un disque net.

L'âge d'or : Mercator, Blaeu, Coronelli

Gerard Mercator, dont le nom est resté attaché à la projection qui porte son nom, fabriquait aussi des globes : un globe terrestre en 1541, un globe céleste en 1551. À l'époque, les deux allaient par paire — on possédait la Terre et le ciel.

Au XVIIe siècle, Amsterdam devient la capitale mondiale du globe avec la maison Blaeu. Mais le sommet spectaculaire est italien : le moine vénitien Vincenzo Coronelli livre à Louis XIV, en 1683, une paire de globes de 3,87 mètres de diamètre. Ils sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France.

Ces objets n'étaient pas des instruments de travail. C'étaient des démonstrations de puissance : posséder le monde en volume, dans une pièce, devant ses visiteurs.

Le XIXe siècle, ou le globe pour tous

L'impression industrielle fait chuter les coûts. Le globe quitte les cabinets princiers pour entrer dans les écoles et les salons bourgeois. C'est de cette époque que datent les socles en fonte, les méridiens gradués en laiton et les pieds tournés en bois qu'on retrouve encore chez les antiquaires.

Une particularité intéressante : les globes de cette période se datent assez facilement par leurs frontières. Un globe qui montre encore l'Afrique-Occidentale française, la Tchécoslovaquie ou l'URSS se situe immédiatement dans le temps. C'est un objet qui porte sa date écrite sur lui.

Et aujourd'hui

Le globe a survécu à la carte routière, à l'atlas papier et au GPS — ce qui n'allait pas de soi. Il s'est maintenu parce qu'il fait une chose qu'aucun écran ne fait : il montre les proportions vraies, sans déformation.

Sur toute carte plate, les surfaces mentent. Le Groenland paraît aussi vaste que l'Afrique alors qu'il est quatorze fois plus petit. Sur un globe, il n'y a rien à corriger : la sphère est la seule représentation fidèle d'une sphère.

Trois familles coexistent aujourd'hui. Le globe lumineux, qui affiche la carte politique éteint et la carte physique allumé. Le globe pour enfant, illustré ou interactif, conçu comme un objet d'apprentissage. Et le globe d'ameublement — bar, lévitation, pièce décorative — où la cartographie n'est plus qu'un prétexte.